Nivier

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mercredi 4 novembre 2009

…par l’argent lumineux des averses d’été.[1]

            Nous avons tant souffert.

            L’ivresse, mais sans l’alcool.

            Nous sortons et je te porte dans mes bras. Une de tes mains sur ma nuque pour oublier la douleur.

            L’orage au loin une promesse.

            Le vent dans notre dos fait passer tes cheveux devant mes yeux. Tu les remets derrière tes oreilles, mais ils ne veulent rien savoir.

            Je ne sais pas non plus pourquoi tu tiens à porter ce vieux chapeau de paille. Par contre cette robe en coton…

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lundi 21 septembre 2009

Cinquième époque

« Bêêêhhh. Bêêêhhh » !

 

La porte s’entrouvre.

 

Non mais ! Qu’est-ce que…? Deux sabots, un soupçon de barbichette. Pas de doute. La maison des animaux !

Fais attention au parquet quand même. Ne reste pas comme ça, prends des patins !

 

- Djali ! Djali !

 

La porte s’ouvre un peu plus.

 

- Djali !

 

Des phalanges l’agrippent.

 

- Djali !

 

Un pied nu se pose dans l’entrebâillement.

 

- Ne cherche pas de ce côté, elle n’a pas pu entrer.

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lundi 27 juillet 2009

...

Il faisait tellement chaud que lorsqu’on parlait, les mots tombaient sur le sol comme du plomb.

            Imaginez un peu :

            - Bon…

            - Com.. ç… v… ?

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mercredi 25 mars 2009

Second abandon

Allez ! Viens-y ! Viens ! Essaye donc d’enfoncer ma porte.

J’en ai vu d’autres avant toi. Tu es loin d’être la première. J’étais encore en construction, et tes sœurs aînées n’ont pas réussi à me toucher. Pas une goutte d’écume n’a osé (ou n’a pu, je n’en sais rien) éclabousser une seule de mes pierres.

Toi et ta houle. Minables !

Toi et ton vent. Minables !

Si ça c’est une vague, moi je suis une paillote alors ?

Si tu ne tapes pas plus que ça, je vais finir par m’endormir !

Un peu de nerf, bon dieu !

Je suis aux premières loges, j’ai bien le droit de profiter du spectacle !

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jeudi 5 février 2009

Quatrième époque

Au début, tout le monde s’est demandé qui était ce personnage. Ne serait-ce qu’au point de vue vestimentaire, il ne correspond pas à l’époque. Canotier l’été, chapeau melon l’hiver. Sans oublier la canne. Il lui arrive parfois de la faire tourner à la Charlie Chaplin.

La ville avait vu des excentriques, mais rarement à ce point. Un dandy périmé, à côté de la plaque. Avec ses pantalons à carreaux et ses vestes de tweed qui ne vont jamais, mais jamais ensemble ; et quand il se rend dans les luxueux appartements, il arbore une chemise à jabot avec manches relevés, sans oublier le petit foulard dont le nœud accompagne en toute circonstance la pomme d’adam.

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vendredi 9 janvier 2009

Troisième époque

Nuit. Pas de lune. Meilleur moment pour ramener les pilotes blessés sur l’île.

Ils ont rarement de la chance d’avoir un ciel si sombre. Ils mettent plus de temps, mais sont certains de ne pas se faire prendre pour la traversée.

Quand les aviateurs ne meurent pas suite au crash de leur appareil, ils sont tout de suite tués par l’ennemi. Il ne prend pas le temps de les interroger. Une balle dans la tête, et c’est terminé. Exécution sans sommation.

Jean, le chef du groupe, reçoit par messages codés les zones survolées par les planeurs la nuit. Ils essayent d’arriver avant l’ennemi. S’ils trouvent un pilote mort, ils ne le touchent pas. Directives des alliés. Trop de risques pour le groupe. Sinon, ils prennent le maximum de risques, et le ramènent dans la maison.

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vendredi 19 décembre 2008

Avec un Crayon Rouge

Il attend dans le hall de la gare. Se penche en avant, pose les bras sur ses genoux. Prend son chapeau, en fait tourner le bord avec le bout de ses doigts. Le vacarme du grand hall ne l’impressionne pas. Lui-même était arrivé ici, il y a mois. Il avait juste eu le temps de remettre son commerce en place. Et ce coup de fil.

            « Il va revenir le 15, je ne peux pas vous dire à quelle heure. Je vous tiendrai au courant dans les prochains jours ».

            Depuis, il avait toujours gardé le téléphone à portée.

            Le 15, c’est aujourd’hui. Des tas d’autres types descendent sur le quai. Des familles se retrouvent. D’autres doivent patienter, et quelques-unes repartent en pleurant.

            Il n’en peut déjà plus de relire son journal. Il est là depuis l’ouverture de la gare. Jamais depuis son retour il ne s’était levé aussi tôt. Même pour ouvrir le café.

            Les mégots s’agglutinent à ses pieds. Il les aligne avec le bout de ses chaussures.

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jeudi 23 octobre 2008

Des Petits Morceaux de Charlotte

Je reviens de chez Elisa.

            J’ai rendez-vous avec un mannequin dans un grand hôtel, mais je dois retourner à la maison prendre de la pellicule et d’autres objectifs. Il est tout juste neuf heures.

La voiture brûlée devant chez elle n’a toujours pas été enlevée. Depuis trois semaines. Ça me rappelle le soir où les C.R.S. en ont profité pour vidanger les toilettes de leurs bus dans le caniveau. Ils n’auraient pas pu le faire dans un autre arrondissement. Le quartier aura tout vu, de la misère à cette humiliation supplémentaire.

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vendredi 10 octobre 2008

Les Briques (Et Nous)

Après, nous étions quelques milliards.

            Nous devons tout reconstruire.

            Nous sommes là, formons une file vers cette usine.

            De l’autre côté du terrain vague, la ville. Les immeubles encerclés d’échafaudages et de grues. Les ouvriers ne peuvent pas attendre. Nous sommes la matière première.

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jeudi 9 octobre 2008

Premier abandon

Je trouve ça un peu fort ! Après toute la protection que j’ai apporté. Vous les humains êtes quand même des gens bizarres. Je vous abrite, je ne dis pas un mot sur vos histoires, et du jour au lendemain, vous m’abandonnez. Je n’arrive pas à y croire. À part le grand Charles, pas un n’était venu pour essayer de me réparer. L’incendie ne m’avait pas trop touché. J’ai été plus chagrinée par les saccages des meubles, surtout celui du piano. Un bout de plancher brûlé et une fenêtre en moins. Pas de quoi me faire craindre les hivers de la région.

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mercredi 10 septembre 2008

J’ai rêvé d’Elisa

J’avais promis de vous parler d’Elisa, de notre rencontre.

Le lieu, le temps, ce pourquoi nous avions rendez-vous, aucun de ces éléments n’aurait du jouer en notre faveur. Pour le moment l’essentiel n’est pas là.

            Il faut que je vous dise, je rêve beaucoup.

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mercredi 3 septembre 2008

Juliette do not give a Shit

« Beuaaaarkkkk ! Beurp ! Beuaaaarkkkk !!! »

            J’ai les mains en coupelle, pour récupérer au cas où le vomi de Juliette.

            Nous sommes chez elle. Le chauffeur du taxi a eu raison de s’inquiéter pour ses sièges, mais nous savons nous tenir.

            Juliette régurgite son trop plein d’alcool.

            Je suis avec elle, dans ses toilettes. Je maintiens ses cheveux sur sa nuque.

            Je ne comprends cet attrait de certains garçons pour les toilettes des filles.

            Ce que j’y vois ne fait pas envie.

            Juliette tire au cœur, mais rien ne vient.

            On croirait son estomac arrivé à la place de sa gorge.

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vendredi 29 août 2008

Deuxième époque

Je suis le seul à avoir répondu à l’annonce. Avec une maison comme ça, je changerai l’approche de mon métier. On ne peut pas dire que j’aie reçu beaucoup de soutien de la part de mes collègues, et je vous épargne toutes les allusions auxquelles j’ai eu droit.

Cette solution m’était apparue comme la meilleure, et comme les candidats ne se bousculaient pas, j’ai été pris tout de suite. Je vais travailler dans un endroit spécial. Tout le monde dans la région avait eu vent du scandale avec le premier propriétaire, et de la petite tragédie avec le suivant. Même sans habitant, cette maison fait parler d’elle. Elle apporte trop de malheur dit la rumeur.

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Ma Belle

Nous retournons vers cette plage de nos premières amours. Les filles ne sont pas avec nous. Aujourd’hui c’est la tempête ; dangereux d’aller se promener sur la digue.

            Je ne veux pas sortir de la voiture. Et même s’il s’est arrêté de pleuvoir, j’ai peur de ce vent. Pour preuve, les énormes rouleaux viennent se casser sur la plage. Je ne crois pas que nous en ayons vu de tels ici.

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vendredi 30 mai 2008

Deux Couleurs de l’arc-en-ciel + deux Grammes de Nuages = n’importe quoi

C’est elle qui conduit.

            J’ai incliné le siège passager, et posé les pieds sur le tableau de bord devant moi. Le C.D. termine son troisième tour dans l’auto radio. Nos vitres entrouvertes laissent passer un léger courant d’air. j’ai déboîté le cendrier. Je fais attention à ne pas me mettre de cendre sur le ventre. On préfère les voitures sans clim, ça consomme moins. En plus, on en a marre de choper la crève à chaque fois qu’on descend.

            Après ce dernier barrage on en a pour des heures. On s’arrête juste pour transvaser le gasoil des jerricans dans le réservoir. Là-dessus au moins, les militaires n’ont pas été radins. Ils avaient préféré qu’on y aille nous-mêmes. C’est toujours plus facile d’envoyer les autres faire le ménage.

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mercredi 14 mai 2008

Première époque

Aucun de nous deux n’avait compris pourquoi elle restait inoccupée. Toute seule dans sa crique, à cinq cents mètre de la ville. Isolée entre deux parois, elle bouchait presque le cul-de-sac par lequel on y accédait. Une fois passé de l’autre côté, une terrasse de pierres plates s’étirait pour descendre tranquillement dans l’eau. Les falaises partaient comme la jambe d’un V et protégeaient la maison des coups de vents dominants. Sur la droite, au pied de l’ancienne tour de garde une minuscule plage de sable.

Avec Clémentine, nous venions d’arriver sur la côte. Après notre mariage, nous avions voulu nous installer très loin de nos familles. Un de mes oncles désirait développer son activité vers l’Angleterre et m’avait proposé de m’installer ici. L’expansion du chemin de fer nous aiderait dans nos activités. Il avait un entrepôt vide et comptait bien le remplir de tout ce qu’il achetait là-bas. Je superviserai les rénovations et tout irait meubler les appartements des beaux quartiers.

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mardi 13 mai 2008

We Ain't Got No Money, Honey, But We Got Rain

(Titre d’un poème de Charles Bukowski)

Jeudi. Ou vendredi. On s’en fou. Il est neuf heures et demie. Ça, je le sais. C’est marqué sur le panneau d’affichage de le ligne 2. Je les connais ces panneaux, j’ai installé les premiers. On faisait ça la nuit. Sitôt le dernier métro passé, on s’y mettait. Un petit coup de jaja et on en prenait jusqu’à cinq heures. Alors pensez que ces foutus panneaux, je peux vous dire le nombre de vis et de fils dans chaque. Sur la ligne 2, je suis chez moi.

Ce matin en descendant les marches à Nation, j’ai trouvé un vieux sifflet en plastoque. Je m’assois et laisse passer assez de trains pour finir ma bouteille de Knockando. Je suis tellement entamé que je n’arrive plus à souffler dans le biniou.

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mercredi 12 mars 2008

Première Auberge

« Qu’est-ce qu’y va nous prendre ? Une de là, ou une du frigo ? ».

Pourtant on m’avait mis en garde. J’avais profité d’un ravitaillement pour m’y rendre. Depuis une semaine que durait la tempête, on ne la voyait qu’au coucher du soleil, quand les traits de lumière taillaient sa silhouette de roches à peine colorée dans la crête des vagues. Pour m’empêcher de quitter la terre, on m’avait emmené tout en haut de la tour de garde qui servait de phare à l’époque. Je remarquais que la lentille tournait même en plein jour. De plus mes logeurs m’avaient exhorté à ne pas partir. Le capitaine hésitait lui aussi à sortir de la grande rade. Preuve supplémentaire, les remorqueurs d’habitude abrités dans la crique, avaient reçu l’ordre de rester bien abrités.

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I do not give a Shit

« À partir de maintenant tu ne racontes plus rien au passé. La concordance de temps, toutes ces règles, ça me gonfle. Au présent, bordel ! Tu vis aujourd’hui, pas hier ! Tu sais dans nos métiers, c’est maintenant ! » « Tu commentes, tu interviewes, tu questionnes, tu déranges. »

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Le Bruit des Étoiles

Son père a fait la guerre d’Algérie.
Le sien à elle n’a rien réussi à faire, à part se barrer.
Ils se  rencontrent le jour de seize ans à elle. Dans un commissariat.
Le soldat les a une fois de trop frappé tous les deux, lui et sa mère. Ils ont attendu l’oreille collée contre la porte. Ils ont attendu que ses pas ne résonnent plus dans le couloir. Non content de tabasser sa femme, après il sort, sans oublier de prendre sa barre de fer et cogner. La guerre l’a juste transformé en pauvre merde. Il ne lui dira jamais dans quel état ça vous met de ramasser les cadavres après les tortures. De les empiler à deux ou trois sur une charrette, avec le soleil, l’odeur des macchabées, ne pas remettre un bras et de le laisser cogner contre les rayons de la roue.

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