Je suis là,
assise dans le grenier. Je m’aperçois qu’après toutes ces années, je ne te
connais pas.
Comme lui. En fait, vous m’avez
ruinée tous les deux.Je ne sais pas si
tu m’as aimée un jour. Je me demande même si notre histoire n’est pas une
invention de mon esprit.
J’aurais dû
tout t’avouer. Comme avec mon mari. Lui peut-être aurait mieux compris pourquoi
je voulais te vendre, voire même te donner.
Un
peu avant dix neuf cent quatre-vingt et quelques.
Dieu
avait sauvé la reine, mais elle s’était prise une sacrée caisse, une bonne
grosse murge. Le rideau punk était tombé, et cette bande de tarés y avait foutu
le feu. D’autres avaient essayé de l’éteindre avec de la bière, mais les
premiers avaient presque tout bu.
Des
bâtards claudicants et aussi enragés arriveront, mais ils n’arracheront rien,
au mieux ils saccageront le reste des ruines.
Par Nivier le lundi 15 février 2010, 17:04 - Nouvelles
Encore
une fois, mon oncle et tuteur m’obligerait à me rendre à cette soirée. Je ne me
lasserai jamais de lui exprimer à quel point je déteste les grands bals donnés
par les nôtres.
Allez !
Viens-y ! Viens ! Essaye donc d’enfoncer ma porte.
J’en ai
vu d’autres avant toi. Tu es loin d’être la première. J’étais encore en
construction, et tes sœurs aînées n’ont pas réussi à me toucher. Pas une goutte
d’écume n’a osé (ou n’a pu, je n’en sais rien) éclabousser une seule de mes
pierres.
Toi et
ta houle. Minables !
Toi et
ton vent. Minables !
Si ça
c’est une vague, moi je suis une paillote alors ?
Si tu ne
tapes pas plus que ça, je vais finir par m’endormir !
Un peu
de nerf, bon dieu !
Je suis
aux premières loges, j’ai bien le droit de profiter du spectacle !
Au début, tout le monde
s’est demandé qui était ce personnage. Ne serait-ce qu’au point de vue
vestimentaire, il ne correspond pas à l’époque. Canotier l’été, chapeau melon
l’hiver. Sans oublier la canne. Il lui arrive parfois de la faire tourner à la
Charlie Chaplin.
La ville avait vu des
excentriques, mais rarement à ce point. Un dandy périmé, à côté de la plaque.
Avec ses pantalons à carreaux et ses vestes de tweed qui ne vont jamais, mais
jamais ensemble ; et quand il se rend dans les luxueux appartements, il
arbore une chemise à jabot avec manches relevés, sans oublier le petit foulard
dont le nœud accompagne en toute circonstance la pomme d’adam.
Nuit. Pas de lune. Meilleur
moment pour ramener les pilotes blessés sur l’île.
Ils ont rarement de la
chance d’avoir un ciel si sombre. Ils mettent plus de temps, mais sont certains
de ne pas se faire prendre pour la traversée.
Quand les aviateurs ne meurent pas suite au crash
de leur appareil, ils sont tout de suite tués par l’ennemi. Il ne prend pas le
temps de les interroger. Une balle dans la tête, et c’est terminé. Exécution
sans sommation.
Jean, le chef du groupe,
reçoit par messages codés les zones survolées par les planeurs la nuit. Ils
essayent d’arriver avant l’ennemi. S’ils trouvent un pilote mort, ils ne le
touchent pas. Directives des alliés. Trop de risques pour le groupe. Sinon, ils
prennent le maximum de risques, et le ramènent dans la maison.
Par Nivier le vendredi 19 décembre 2008, 15:52 - Nouvelles
Il attend dans le hall de la gare. Se penche en avant,
pose les bras sur ses genoux. Prend son chapeau, en fait tourner le bord avec
le bout de ses doigts. Le vacarme du grand hall ne l’impressionne pas. Lui-même
était arrivé ici, il y a mois. Il avait juste eu le temps de remettre son
commerce en place. Et ce coup de fil.
« Il
va revenir le 15, je ne peux pas vous dire à quelle heure. Je vous tiendrai au
courant dans les prochains jours ».
Depuis,
il avait toujours gardé le téléphone à portée.
Le 15,
c’est aujourd’hui. Des tas d’autres types descendent sur le quai. Des familles
se retrouvent. D’autres doivent patienter, et quelques-unes repartent en
pleurant.
Il n’en
peut déjà plus de relire son journal. Il est là depuis l’ouverture de la gare.
Jamais depuis son retour il ne s’était levé aussi tôt. Même pour ouvrir le
café.
Les
mégots s’agglutinent à ses pieds. Il les aligne avec le bout de ses chaussures.
Par Nivier le jeudi 23 octobre 2008, 15:46 - Nouvelles
Je reviens de chez Elisa.
J’ai rendez-vous avec un mannequin dans un grand hôtel, mais je dois retourner à la maison prendre de la pellicule et d’autres objectifs. Il est tout juste neuf heures.
La voiture brûlée devant chez elle n’a toujours pas été enlevée. Depuis trois semaines. Ça me rappelle le soir où les C.R.S. en ont profité pour vidanger les toilettes de leurs bus dans le caniveau. Ils n’auraient pas pu le faire dans un autre arrondissement. Le quartier aura tout vu, de la misère à cette humiliation supplémentaire.
Par Nivier le vendredi 10 octobre 2008, 12:23 - Nouvelles
Après, nous étions quelques milliards.
Nous devons tout reconstruire.
Nous sommes là, formons une file vers cette usine.
De l’autre côté du terrain vague, la ville. Les immeubles encerclés d’échafaudages et de grues. Les ouvriers ne peuvent pas attendre. Nous sommes la matière première.
Je trouve ça un peu fort ! Après toute la protection que j’ai apporté. Vous les humains êtes quand même des gens bizarres. Je vous abrite, je ne dis pas un mot sur vos histoires, et du jour au lendemain, vous m’abandonnez. Je n’arrive pas à y croire. À part le grand Charles, pas un n’était venu pour essayer de me réparer. L’incendie ne m’avait pas trop touché. J’ai été plus chagrinée par les saccages des meubles, surtout celui du piano. Un bout de plancher brûlé et une fenêtre en moins. Pas de quoi me faire craindre les hivers de la région.
Par Nivier le mercredi 10 septembre 2008, 13:55 - Nouvelles
J’avais promis de vous parler d’Elisa, de notre rencontre.
Le lieu, le temps, ce pourquoi nous avions rendez-vous, aucun de ces éléments n’aurait du jouer en notre faveur. Pour le moment l’essentiel n’est pas là.
Je suis le seul à avoir répondu à l’annonce. Avec une maison comme ça, je changerai l’approche de mon métier. On ne peut pas dire que j’aie reçu beaucoup de soutien de la part de mes collègues, et je vous épargne toutes les allusions auxquelles j’ai eu droit.
Cette solution m’était apparue comme la meilleure, et comme les candidats ne se bousculaient pas, j’ai été pris tout de suite. Je vais travailler dans un endroit spécial. Tout le monde dans la région avait eu vent du scandale avec le premier propriétaire, et de la petite tragédie avec le suivant. Même sans habitant, cette maison fait parler d’elle. Elle apporte trop de malheur dit la rumeur.
Par Nivier le vendredi 29 août 2008, 16:04 - Nouvelles
Nous retournons vers cette plage de nos premières amours. Les filles ne sont pas avec nous. Aujourd’hui c’est la tempête ; dangereux d’aller se promener sur la digue.
Je ne veux pas sortir de la voiture. Et même s’il s’est arrêté de pleuvoir, j’ai peur de ce vent. Pour preuve, les énormes rouleaux viennent se casser sur la plage. Je ne crois pas que nous en ayons vu de tels ici.
Par Nivier le vendredi 30 mai 2008, 14:30 - Nouvelles
C’est elle qui conduit.
J’ai incliné le siège passager, et posé les pieds sur le tableau de bord devant moi. Le C.D. termine son troisième tour dans l’auto radio. Nos vitres entrouvertes laissent passer un léger courant d’air. j’ai déboîté le cendrier. Je fais attention à ne pas me mettre de cendre sur le ventre. On préfère les voitures sans clim, ça consomme moins. En plus, on en a marre de choper la crève à chaque fois qu’on descend.
Après ce dernier barrage on en a pour des heures. On s’arrête juste pour transvaser le gasoil des jerricans dans le réservoir. Là-dessus au moins, les militaires n’ont pas été radins. Ils avaient préféré qu’on y aille nous-mêmes. C’est toujours plus facile d’envoyer les autres faire le ménage.
Aucun de nous deux n’avait compris pourquoi elle restait inoccupée. Toute seule dans sa crique, à cinq cents mètre de la ville. Isolée entre deux parois, elle bouchait presque le cul-de-sac par lequel on y accédait. Une fois passé de l’autre côté, une terrasse de pierres plates s’étirait pour descendre tranquillement dans l’eau. Les falaises partaient comme la jambe d’un V et protégeaient la maison des coups de vents dominants. Sur la droite, au pied de l’ancienne tour de garde une minuscule plage de sable.
Avec Clémentine, nous venions d’arriver sur la côte. Après notre mariage, nous avions voulu nous installer très loin de nos familles. Un de mes oncles désirait développer son activité vers l’Angleterre et m’avait proposé de m’installer ici. L’expansion du chemin de fer nous aiderait dans nos activités. Il avait un entrepôt vide et comptait bien le remplir de tout ce qu’il achetait là-bas. Je superviserai les rénovations et tout irait meubler les appartements des beaux quartiers.
Par Nivier le mardi 13 mai 2008, 14:08 - Nouvelles
(Titre d’un poème de Charles Bukowski)
Jeudi. Ou vendredi. On s’en fou. Il est neuf heures et demie. Ça, je le sais. C’est marqué sur le panneau d’affichage de le ligne 2. Je les connais ces panneaux, j’ai installé les premiers. On faisait ça la nuit. Sitôt le dernier métro passé, on s’y mettait. Un petit coup de jaja et on en prenait jusqu’à cinq heures. Alors pensez que ces foutus panneaux, je peux vous dire le nombre de vis et de fils dans chaque. Sur la ligne 2, je suis chez moi.
Ce matin en descendant les marches à Nation, j’ai trouvé un vieux sifflet en plastoque. Je m’assois et laisse passer assez de trains pour finir ma bouteille de Knockando. Je suis tellement entamé que je n’arrive plus à souffler dans le biniou.