Nivier

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lundi 2 janvier 2012

Emily

Emily ne se souvenait plus qui de son oncle ou son père lui avait dit de se cacher dans la barque.

Les premiers coups de fusils les avaient surpris en pleine nuit. Sa mère et son frère s’étaient réfugiés dans la grange. Encore endormie elle sentait la poigne de son père sur son avant-bras.

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lundi 29 août 2011

C’est l’Histoire d’un Chat

C’est l’histoire du chat de mon grand frère. Et de son grand vélo.

            Tout le monde travaille à la quincaillerie. Sauf moi. Je vais encore à l’école.

La boutique est au bord de la ville. Un peu derrière les entrepôts de la gare de triage, pas loin du port de commerce.

De la fenêtre de ma chambre je vois les toits des entrepôts. J’entends les employés préparer les trains. Les locomotives les crochets des wagons les aiguillages ça claque et crisse tout le temps. Sans compter sur les coups de gueule des gars pour se faire entendre par-dessus toutes ces machines.

Entre ça et les milliers de vis de boulons et d’écrous on peut dire que j’ai été élevé dans la ferraille.

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mardi 14 juin 2011

Rome

  Je me souviens de Rome.

         L’hôtel.

La place, le parterre, la fontaine.

Au second. Notre chambre.

Le marchand de fleurs à côté. Le café en face.

A quelques battements d’ailes, le cœur de la ville.

Je me levais très tôt. J’ai toujours aimé la lumière du matin. Le soleil pâle, ses rayons francs, puissantes barres d’acier s’éjectant de la fonderie et chutant en silence avant qu’il ne s’élève derrière l’horizon urbain.

Je restais sur le balcon. Feuilleter les premiers journaux, relire mes anciens articles.

            Première cigarette avec le pyrogène à grattoir que tu m’avais offert.

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jeudi 7 avril 2011

Les Parapluies

Tout se passe toujours dans la cuisine. A bien y regarder, c’est l’endroit stratégique.

 

            J’ai du mal à me rappeler ce que j’ai fait la veille. Une séance, mais avec qui ? Peu importe. J’avais pu terminer tôt et retrouver une amie avec laquelle nos soirées sont toujours trop courtes.

            Toujours est-il que le lendemain, j’étais invité à fêter un anniversaire et un contrat d’embauche.

            C’est le soir où je l’ai rencontrée. En même temps, rencontré n’est pas si l’on peut dire le terme approprié. Disons que j’ai passé une bonne partie de la soirée à discuter avec elle dans la cuisine, accoudé tantôt contre un antique Frigidaire - veilleuse orange toujours en état de marche mais certainement pas classe A - tantôt contre le mur opposé, le tout me donnant une attitude de séducteur de pilier de bar. Le summum aurait été mon coude glissant dans le vide comme au bord d’une table.

            Pour le moment nous n’en sommes pas là. Laissons tomber les digressions improbables pour un bon vieux flash-back.

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mercredi 3 novembre 2010

Plus légère qu’un Nuage

 

            Je laisse la petite chez ma sœur. Ce n’est pas un bébé d’une semaine qui va lui faire peur.

 

            Je pars vers le sud. Mes amis m’ont demandé d’attendre, mais je ne tiens plus. Elle est partie depuis une semaine. Une fille revenue de si loin ne pouvait nous abandonner, la petite et moi. Je n’en peux plus de compter les heures, espérer un coup de fil.

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lundi 22 mars 2010

Septième et dernière époque.

Je suis là, assise dans le grenier. Je m’aperçois qu’après toutes ces années, je ne te connais pas.

Comme lui. En fait, vous m’avez ruinée tous les deux.  Je ne sais pas si tu m’as aimée un jour. Je me demande même si notre histoire n’est pas une invention de mon esprit.

J’aurais dû tout t’avouer. Comme avec mon mari. Lui peut-être aurait mieux compris pourquoi je voulais te vendre, voire même te donner.

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lundi 1 mars 2010

Sixième époque

Un peu avant dix neuf cent quatre-vingt et quelques.

Dieu avait sauvé la reine, mais elle s’était prise une sacrée caisse, une bonne grosse murge. Le rideau punk était tombé, et cette bande de tarés y avait foutu le feu. D’autres avaient essayé de l’éteindre avec de la bière, mais les premiers avaient presque tout bu.

Des bâtards claudicants et aussi enragés arriveront, mais ils n’arracheront rien, au mieux ils saccageront le reste des ruines.

 

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lundi 15 février 2010

Le « Soir de Paris »

            Encore une fois, mon oncle et tuteur m’obligerait à me rendre à cette soirée. Je ne me lasserai jamais de lui exprimer à quel point je déteste les grands bals donnés par les nôtres.

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mercredi 4 novembre 2009

…par l’argent lumineux des averses d’été.[1]

            Nous avons tant souffert.

            L’ivresse, mais sans l’alcool.

            Nous sortons et je te porte dans mes bras. Une de tes mains sur ma nuque pour oublier la douleur.

            L’orage au loin une promesse.

            Le vent dans notre dos fait passer tes cheveux devant mes yeux. Tu les remets derrière tes oreilles, mais ils ne veulent rien savoir.

            Je ne sais pas non plus pourquoi tu tiens à porter ce vieux chapeau de paille. Par contre cette robe en coton…

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lundi 21 septembre 2009

Cinquième époque

« Bêêêhhh. Bêêêhhh » !

 

La porte s’entrouvre.

 

Non mais ! Qu’est-ce que…? Deux sabots, un soupçon de barbichette. Pas de doute. La maison des animaux !

Fais attention au parquet quand même. Ne reste pas comme ça, prends des patins !

 

- Djali ! Djali !

 

La porte s’ouvre un peu plus.

 

- Djali !

 

Des phalanges l’agrippent.

 

- Djali !

 

Un pied nu se pose dans l’entrebâillement.

 

- Ne cherche pas de ce côté, elle n’a pas pu entrer.

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lundi 27 juillet 2009

...

Il faisait tellement chaud que lorsqu’on parlait, les mots tombaient sur le sol comme du plomb.

            Imaginez un peu :

            - Bon…

            - Com.. ç… v… ?

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mercredi 25 mars 2009

Second abandon

Allez ! Viens-y ! Viens ! Essaye donc d’enfoncer ma porte.

J’en ai vu d’autres avant toi. Tu es loin d’être la première. J’étais encore en construction, et tes sœurs aînées n’ont pas réussi à me toucher. Pas une goutte d’écume n’a osé (ou n’a pu, je n’en sais rien) éclabousser une seule de mes pierres.

Toi et ta houle. Minables !

Toi et ton vent. Minables !

Si ça c’est une vague, moi je suis une paillote alors ?

Si tu ne tapes pas plus que ça, je vais finir par m’endormir !

Un peu de nerf, bon dieu !

Je suis aux premières loges, j’ai bien le droit de profiter du spectacle !

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jeudi 5 février 2009

Quatrième époque

Au début, tout le monde s’est demandé qui était ce personnage. Ne serait-ce qu’au point de vue vestimentaire, il ne correspond pas à l’époque. Canotier l’été, chapeau melon l’hiver. Sans oublier la canne. Il lui arrive parfois de la faire tourner à la Charlie Chaplin.

La ville avait vu des excentriques, mais rarement à ce point. Un dandy périmé, à côté de la plaque. Avec ses pantalons à carreaux et ses vestes de tweed qui ne vont jamais, mais jamais ensemble ; et quand il se rend dans les luxueux appartements, il arbore une chemise à jabot avec manches relevés, sans oublier le petit foulard dont le nœud accompagne en toute circonstance la pomme d’adam.

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vendredi 9 janvier 2009

Troisième époque

Nuit. Pas de lune. Meilleur moment pour ramener les pilotes blessés sur l’île.

Ils ont rarement de la chance d’avoir un ciel si sombre. Ils mettent plus de temps, mais sont certains de ne pas se faire prendre pour la traversée.

Quand les aviateurs ne meurent pas suite au crash de leur appareil, ils sont tout de suite tués par l’ennemi. Il ne prend pas le temps de les interroger. Une balle dans la tête, et c’est terminé. Exécution sans sommation.

Jean, le chef du groupe, reçoit par messages codés les zones survolées par les planeurs la nuit. Ils essayent d’arriver avant l’ennemi. S’ils trouvent un pilote mort, ils ne le touchent pas. Directives des alliés. Trop de risques pour le groupe. Sinon, ils prennent le maximum de risques, et le ramènent dans la maison.

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vendredi 19 décembre 2008

Avec un Crayon Rouge

Il attend dans le hall de la gare. Se penche en avant, pose les bras sur ses genoux. Prend son chapeau, en fait tourner le bord avec le bout de ses doigts. Le vacarme du grand hall ne l’impressionne pas. Lui-même était arrivé ici, il y a mois. Il avait juste eu le temps de remettre son commerce en place. Et ce coup de fil.

            « Il va revenir le 15, je ne peux pas vous dire à quelle heure. Je vous tiendrai au courant dans les prochains jours ».

            Depuis, il avait toujours gardé le téléphone à portée.

            Le 15, c’est aujourd’hui. Des tas d’autres types descendent sur le quai. Des familles se retrouvent. D’autres doivent patienter, et quelques-unes repartent en pleurant.

            Il n’en peut déjà plus de relire son journal. Il est là depuis l’ouverture de la gare. Jamais depuis son retour il ne s’était levé aussi tôt. Même pour ouvrir le café.

            Les mégots s’agglutinent à ses pieds. Il les aligne avec le bout de ses chaussures.

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jeudi 23 octobre 2008

Des Petits Morceaux de Charlotte

Je reviens de chez Elisa.

            J’ai rendez-vous avec un mannequin dans un grand hôtel, mais je dois retourner à la maison prendre de la pellicule et d’autres objectifs. Il est tout juste neuf heures.

La voiture brûlée devant chez elle n’a toujours pas été enlevée. Depuis trois semaines. Ça me rappelle le soir où les C.R.S. en ont profité pour vidanger les toilettes de leurs bus dans le caniveau. Ils n’auraient pas pu le faire dans un autre arrondissement. Le quartier aura tout vu, de la misère à cette humiliation supplémentaire.

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vendredi 10 octobre 2008

Les Briques (Et Nous)

Après, nous étions quelques milliards.

            Nous devons tout reconstruire.

            Nous sommes là, formons une file vers cette usine.

            De l’autre côté du terrain vague, la ville. Les immeubles encerclés d’échafaudages et de grues. Les ouvriers ne peuvent pas attendre. Nous sommes la matière première.

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jeudi 9 octobre 2008

Premier abandon

Je trouve ça un peu fort ! Après toute la protection que j’ai apporté. Vous les humains êtes quand même des gens bizarres. Je vous abrite, je ne dis pas un mot sur vos histoires, et du jour au lendemain, vous m’abandonnez. Je n’arrive pas à y croire. À part le grand Charles, pas un n’était venu pour essayer de me réparer. L’incendie ne m’avait pas trop touché. J’ai été plus chagrinée par les saccages des meubles, surtout celui du piano. Un bout de plancher brûlé et une fenêtre en moins. Pas de quoi me faire craindre les hivers de la région.

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mercredi 10 septembre 2008

J’ai rêvé d’Elisa

J’avais promis de vous parler d’Elisa, de notre rencontre.

Le lieu, le temps, ce pourquoi nous avions rendez-vous, aucun de ces éléments n’aurait du jouer en notre faveur. Pour le moment l’essentiel n’est pas là.

            Il faut que je vous dise, je rêve beaucoup.

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mercredi 3 septembre 2008

Juliette do not give a Shit

« Beuaaaarkkkk ! Beurp ! Beuaaaarkkkk !!! »

            J’ai les mains en coupelle, pour récupérer au cas où le vomi de Juliette.

            Nous sommes chez elle. Le chauffeur du taxi a eu raison de s’inquiéter pour ses sièges, mais nous savons nous tenir.

            Juliette régurgite son trop plein d’alcool.

            Je suis avec elle, dans ses toilettes. Je maintiens ses cheveux sur sa nuque.

            Je ne comprends cet attrait de certains garçons pour les toilettes des filles.

            Ce que j’y vois ne fait pas envie.

            Juliette tire au cœur, mais rien ne vient.

            On croirait son estomac arrivé à la place de sa gorge.

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