Par Nivier le lundi 2 janvier 2012, 17:39 - Nouvelles
Emily
ne se souvenait plus qui de son oncle ou son père lui avait dit de se cacher
dans la barque.
Les premiers
coups de fusils les avaient surpris en pleine nuit. Sa mère et son frère
s’étaient réfugiés dans la grange. Encore endormie elle sentait la poigne de
son père sur son avant-bras.
Par Nivier le lundi 29 août 2011, 15:45 - Nouvelles
C’est
l’histoire du chat de mon grand frère. Et de son grand vélo.
Tout le monde travaille à la
quincaillerie. Sauf moi. Je vais encore à l’école.
La
boutique est au bord de la ville. Un peu derrière les entrepôts de la gare de
triage, pas loin du port de commerce.
De
la fenêtre de ma chambre je vois les toits des entrepôts. J’entends les
employés préparer les trains. Les locomotives les crochets des wagons les
aiguillages ça claque et crisse tout le temps. Sans compter sur les coups de
gueule des gars pour se faire entendre par-dessus toutes ces machines.
Entre
ça et les milliers de vis de boulons et d’écrous on peut dire que j’ai été
élevé dans la ferraille.
Par Nivier le mardi 14 juin 2011, 12:50 - Nouvelles
Je me souviens de Rome.
L’hôtel.
La place, le parterre, la
fontaine.
Au second. Notre chambre.
Le marchand de fleurs à
côté. Le café en face.
A quelques battements
d’ailes, le cœur de la ville.
Je me levais très tôt. J’ai
toujours aimé la lumière du matin. Le soleil pâle, ses rayons francs,
puissantes barres d’acier s’éjectant de la fonderie et chutant en silence avant
qu’il ne s’élève derrière l’horizon urbain.
Je restais sur le balcon.
Feuilleter les premiers journaux, relire mes anciens articles.
Première
cigarette avec le pyrogène à grattoir que tu m’avais offert.
Par Nivier le jeudi 7 avril 2011, 18:46 - Nouvelles
Tout se passe toujours dans la
cuisine. A bien y regarder, c’est l’endroit stratégique.
J’ai du mal à me rappeler ce que
j’ai fait la veille. Une séance, mais avec qui ? Peu importe. J’avais pu
terminer tôt et retrouver une amie avec laquelle nos soirées sont toujours trop
courtes.
Toujours est-il que le lendemain,
j’étais invité à fêter un anniversaire et un contrat d’embauche.
C’est le soir où je l’ai rencontrée.
En même temps, rencontré n’est pas si l’on peut dire le terme approprié. Disons
que j’ai passé une bonne partie de la soirée à discuter avec elle dans la
cuisine, accoudé tantôt contre un antique Frigidaire
- veilleuse orange toujours en état de marche mais certainement pas classe A -
tantôt contre le mur opposé, le tout me donnant une attitude de séducteur de
pilier de bar. Le summum aurait été mon coude glissant dans le vide comme au
bord d’une table.
Pour le moment nous n’en sommes pas
là. Laissons tomber les digressions improbables pour un bon vieux flash-back.
Par Nivier le mercredi 3 novembre 2010, 12:57 - Nouvelles
Je laisse
la petite chez ma sœur. Ce n’est pas un bébé d’une semaine qui va lui faire
peur.
Je pars
vers le sud. Mes amis m’ont demandé d’attendre, mais je ne tiens plus. Elle est
partie depuis une semaine. Une fille revenue de si loin ne pouvait nous
abandonner, la petite et moi. Je n’en peux plus de compter les heures, espérer
un coup de fil.
Je suis là,
assise dans le grenier. Je m’aperçois qu’après toutes ces années, je ne te
connais pas.
Comme lui. En fait, vous m’avez
ruinée tous les deux.Je ne sais pas si
tu m’as aimée un jour. Je me demande même si notre histoire n’est pas une
invention de mon esprit.
J’aurais dû
tout t’avouer. Comme avec mon mari. Lui peut-être aurait mieux compris pourquoi
je voulais te vendre, voire même te donner.
Un
peu avant dix neuf cent quatre-vingt et quelques.
Dieu
avait sauvé la reine, mais elle s’était prise une sacrée caisse, une bonne
grosse murge. Le rideau punk était tombé, et cette bande de tarés y avait foutu
le feu. D’autres avaient essayé de l’éteindre avec de la bière, mais les
premiers avaient presque tout bu.
Des
bâtards claudicants et aussi enragés arriveront, mais ils n’arracheront rien,
au mieux ils saccageront le reste des ruines.
Par Nivier le lundi 15 février 2010, 17:04 - Nouvelles
Encore
une fois, mon oncle et tuteur m’obligerait à me rendre à cette soirée. Je ne me
lasserai jamais de lui exprimer à quel point je déteste les grands bals donnés
par les nôtres.
Allez !
Viens-y ! Viens ! Essaye donc d’enfoncer ma porte.
J’en ai
vu d’autres avant toi. Tu es loin d’être la première. J’étais encore en
construction, et tes sœurs aînées n’ont pas réussi à me toucher. Pas une goutte
d’écume n’a osé (ou n’a pu, je n’en sais rien) éclabousser une seule de mes
pierres.
Toi et
ta houle. Minables !
Toi et
ton vent. Minables !
Si ça
c’est une vague, moi je suis une paillote alors ?
Si tu ne
tapes pas plus que ça, je vais finir par m’endormir !
Un peu
de nerf, bon dieu !
Je suis
aux premières loges, j’ai bien le droit de profiter du spectacle !
Au début, tout le monde
s’est demandé qui était ce personnage. Ne serait-ce qu’au point de vue
vestimentaire, il ne correspond pas à l’époque. Canotier l’été, chapeau melon
l’hiver. Sans oublier la canne. Il lui arrive parfois de la faire tourner à la
Charlie Chaplin.
La ville avait vu des
excentriques, mais rarement à ce point. Un dandy périmé, à côté de la plaque.
Avec ses pantalons à carreaux et ses vestes de tweed qui ne vont jamais, mais
jamais ensemble ; et quand il se rend dans les luxueux appartements, il
arbore une chemise à jabot avec manches relevés, sans oublier le petit foulard
dont le nœud accompagne en toute circonstance la pomme d’adam.
Nuit. Pas de lune. Meilleur
moment pour ramener les pilotes blessés sur l’île.
Ils ont rarement de la
chance d’avoir un ciel si sombre. Ils mettent plus de temps, mais sont certains
de ne pas se faire prendre pour la traversée.
Quand les aviateurs ne meurent pas suite au crash
de leur appareil, ils sont tout de suite tués par l’ennemi. Il ne prend pas le
temps de les interroger. Une balle dans la tête, et c’est terminé. Exécution
sans sommation.
Jean, le chef du groupe,
reçoit par messages codés les zones survolées par les planeurs la nuit. Ils
essayent d’arriver avant l’ennemi. S’ils trouvent un pilote mort, ils ne le
touchent pas. Directives des alliés. Trop de risques pour le groupe. Sinon, ils
prennent le maximum de risques, et le ramènent dans la maison.
Par Nivier le vendredi 19 décembre 2008, 15:52 - Nouvelles
Il attend dans le hall de la gare. Se penche en avant,
pose les bras sur ses genoux. Prend son chapeau, en fait tourner le bord avec
le bout de ses doigts. Le vacarme du grand hall ne l’impressionne pas. Lui-même
était arrivé ici, il y a mois. Il avait juste eu le temps de remettre son
commerce en place. Et ce coup de fil.
« Il
va revenir le 15, je ne peux pas vous dire à quelle heure. Je vous tiendrai au
courant dans les prochains jours ».
Depuis,
il avait toujours gardé le téléphone à portée.
Le 15,
c’est aujourd’hui. Des tas d’autres types descendent sur le quai. Des familles
se retrouvent. D’autres doivent patienter, et quelques-unes repartent en
pleurant.
Il n’en
peut déjà plus de relire son journal. Il est là depuis l’ouverture de la gare.
Jamais depuis son retour il ne s’était levé aussi tôt. Même pour ouvrir le
café.
Les
mégots s’agglutinent à ses pieds. Il les aligne avec le bout de ses chaussures.
Par Nivier le jeudi 23 octobre 2008, 15:46 - Nouvelles
Je reviens de chez Elisa.
J’ai rendez-vous avec un mannequin dans un grand hôtel, mais je dois retourner à la maison prendre de la pellicule et d’autres objectifs. Il est tout juste neuf heures.
La voiture brûlée devant chez elle n’a toujours pas été enlevée. Depuis trois semaines. Ça me rappelle le soir où les C.R.S. en ont profité pour vidanger les toilettes de leurs bus dans le caniveau. Ils n’auraient pas pu le faire dans un autre arrondissement. Le quartier aura tout vu, de la misère à cette humiliation supplémentaire.
Par Nivier le vendredi 10 octobre 2008, 12:23 - Nouvelles
Après, nous étions quelques milliards.
Nous devons tout reconstruire.
Nous sommes là, formons une file vers cette usine.
De l’autre côté du terrain vague, la ville. Les immeubles encerclés d’échafaudages et de grues. Les ouvriers ne peuvent pas attendre. Nous sommes la matière première.
Je trouve ça un peu fort ! Après toute la protection que j’ai apporté. Vous les humains êtes quand même des gens bizarres. Je vous abrite, je ne dis pas un mot sur vos histoires, et du jour au lendemain, vous m’abandonnez. Je n’arrive pas à y croire. À part le grand Charles, pas un n’était venu pour essayer de me réparer. L’incendie ne m’avait pas trop touché. J’ai été plus chagrinée par les saccages des meubles, surtout celui du piano. Un bout de plancher brûlé et une fenêtre en moins. Pas de quoi me faire craindre les hivers de la région.
Par Nivier le mercredi 10 septembre 2008, 13:55 - Nouvelles
J’avais promis de vous parler d’Elisa, de notre rencontre.
Le lieu, le temps, ce pourquoi nous avions rendez-vous, aucun de ces éléments n’aurait du jouer en notre faveur. Pour le moment l’essentiel n’est pas là.