Nivier

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Nos Rêves Evanouis

Ce ne sont pas des nouvelles à proprement parler, ce n'est pas un roman non plus.
C'est juste l'histoire d'une maison vue à travers tous ses occupants, de sa construction à nos jours.

 

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lundi 22 mars 2010

Septième et dernière époque.

Je suis là, assise dans le grenier. Je m’aperçois qu’après toutes ces années, je ne te connais pas.

Comme lui. En fait, vous m’avez ruinée tous les deux.  Je ne sais pas si tu m’as aimée un jour. Je me demande même si notre histoire n’est pas une invention de mon esprit.

J’aurais dû tout t’avouer. Comme avec mon mari. Lui peut-être aurait mieux compris pourquoi je voulais te vendre, voire même te donner.

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lundi 1 mars 2010

Sixième époque

Un peu avant dix neuf cent quatre-vingt et quelques.

Dieu avait sauvé la reine, mais elle s’était prise une sacrée caisse, une bonne grosse murge. Le rideau punk était tombé, et cette bande de tarés y avait foutu le feu. D’autres avaient essayé de l’éteindre avec de la bière, mais les premiers avaient presque tout bu.

Des bâtards claudicants et aussi enragés arriveront, mais ils n’arracheront rien, au mieux ils saccageront le reste des ruines.

 

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lundi 21 septembre 2009

Cinquième époque

« Bêêêhhh. Bêêêhhh » !

 

La porte s’entrouvre.

 

Non mais ! Qu’est-ce que…? Deux sabots, un soupçon de barbichette. Pas de doute. La maison des animaux !

Fais attention au parquet quand même. Ne reste pas comme ça, prends des patins !

 

- Djali ! Djali !

 

La porte s’ouvre un peu plus.

 

- Djali !

 

Des phalanges l’agrippent.

 

- Djali !

 

Un pied nu se pose dans l’entrebâillement.

 

- Ne cherche pas de ce côté, elle n’a pas pu entrer.

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mercredi 25 mars 2009

Second abandon

Allez ! Viens-y ! Viens ! Essaye donc d’enfoncer ma porte.

J’en ai vu d’autres avant toi. Tu es loin d’être la première. J’étais encore en construction, et tes sœurs aînées n’ont pas réussi à me toucher. Pas une goutte d’écume n’a osé (ou n’a pu, je n’en sais rien) éclabousser une seule de mes pierres.

Toi et ta houle. Minables !

Toi et ton vent. Minables !

Si ça c’est une vague, moi je suis une paillote alors ?

Si tu ne tapes pas plus que ça, je vais finir par m’endormir !

Un peu de nerf, bon dieu !

Je suis aux premières loges, j’ai bien le droit de profiter du spectacle !

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jeudi 5 février 2009

Quatrième époque

Au début, tout le monde s’est demandé qui était ce personnage. Ne serait-ce qu’au point de vue vestimentaire, il ne correspond pas à l’époque. Canotier l’été, chapeau melon l’hiver. Sans oublier la canne. Il lui arrive parfois de la faire tourner à la Charlie Chaplin.

La ville avait vu des excentriques, mais rarement à ce point. Un dandy périmé, à côté de la plaque. Avec ses pantalons à carreaux et ses vestes de tweed qui ne vont jamais, mais jamais ensemble ; et quand il se rend dans les luxueux appartements, il arbore une chemise à jabot avec manches relevés, sans oublier le petit foulard dont le nœud accompagne en toute circonstance la pomme d’adam.

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vendredi 9 janvier 2009

Troisième époque

Nuit. Pas de lune. Meilleur moment pour ramener les pilotes blessés sur l’île.

Ils ont rarement de la chance d’avoir un ciel si sombre. Ils mettent plus de temps, mais sont certains de ne pas se faire prendre pour la traversée.

Quand les aviateurs ne meurent pas suite au crash de leur appareil, ils sont tout de suite tués par l’ennemi. Il ne prend pas le temps de les interroger. Une balle dans la tête, et c’est terminé. Exécution sans sommation.

Jean, le chef du groupe, reçoit par messages codés les zones survolées par les planeurs la nuit. Ils essayent d’arriver avant l’ennemi. S’ils trouvent un pilote mort, ils ne le touchent pas. Directives des alliés. Trop de risques pour le groupe. Sinon, ils prennent le maximum de risques, et le ramènent dans la maison.

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jeudi 9 octobre 2008

Premier abandon

Je trouve ça un peu fort ! Après toute la protection que j’ai apporté. Vous les humains êtes quand même des gens bizarres. Je vous abrite, je ne dis pas un mot sur vos histoires, et du jour au lendemain, vous m’abandonnez. Je n’arrive pas à y croire. À part le grand Charles, pas un n’était venu pour essayer de me réparer. L’incendie ne m’avait pas trop touché. J’ai été plus chagrinée par les saccages des meubles, surtout celui du piano. Un bout de plancher brûlé et une fenêtre en moins. Pas de quoi me faire craindre les hivers de la région.

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vendredi 29 août 2008

Deuxième époque

Je suis le seul à avoir répondu à l’annonce. Avec une maison comme ça, je changerai l’approche de mon métier. On ne peut pas dire que j’aie reçu beaucoup de soutien de la part de mes collègues, et je vous épargne toutes les allusions auxquelles j’ai eu droit.

Cette solution m’était apparue comme la meilleure, et comme les candidats ne se bousculaient pas, j’ai été pris tout de suite. Je vais travailler dans un endroit spécial. Tout le monde dans la région avait eu vent du scandale avec le premier propriétaire, et de la petite tragédie avec le suivant. Même sans habitant, cette maison fait parler d’elle. Elle apporte trop de malheur dit la rumeur.

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mercredi 14 mai 2008

Première époque

Aucun de nous deux n’avait compris pourquoi elle restait inoccupée. Toute seule dans sa crique, à cinq cents mètre de la ville. Isolée entre deux parois, elle bouchait presque le cul-de-sac par lequel on y accédait. Une fois passé de l’autre côté, une terrasse de pierres plates s’étirait pour descendre tranquillement dans l’eau. Les falaises partaient comme la jambe d’un V et protégeaient la maison des coups de vents dominants. Sur la droite, au pied de l’ancienne tour de garde une minuscule plage de sable.

Avec Clémentine, nous venions d’arriver sur la côte. Après notre mariage, nous avions voulu nous installer très loin de nos familles. Un de mes oncles désirait développer son activité vers l’Angleterre et m’avait proposé de m’installer ici. L’expansion du chemin de fer nous aiderait dans nos activités. Il avait un entrepôt vide et comptait bien le remplir de tout ce qu’il achetait là-bas. Je superviserai les rénovations et tout irait meubler les appartements des beaux quartiers.

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