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Par Nivier le lundi 27 juillet 2009, 10:59 - Nouvelles - Lien permanent
Il faisait tellement chaud que lorsqu’on parlait, les mots tombaient sur le sol comme du plomb.
Imaginez un peu :
- Bon…
- Com.. ç… v… ?
Encore obligé de tenir, de soutenir une discussion.
J’ai rendez-vous à deux pas d’ici.
C’est elle qui m’a rencontré, je devrais dire.
Qui est venue s’asseoir à côté de moi. Et je n’avais pas eu le choix. Il avait fallu discuter.
Le problème n’est pas tant de parler, c’est de savoir quoi dire. Que la séduction entre en jeu ou non, ce n’est pas le propos. Le problème vient plutôt de cette obligation, de la contrainte à devoir parler, blablater en fait.
Je ne refuse pas l’échange. Mais le fait de passer par des banalités me rebute un peu. Se demander ce qu’on fait, où, depuis combien de temps, ça me gave.
Comme il y a eu un doute sur le fait d’une attirance de prime abord unilatérale, il s’agit tout de même de rester un tant soit peu courtois, de s’intéresser honnêtement. C’est plus facile dans ce sens là, seulement écouter, répondre aux questions tout en restant le plus évasif possible.
Si on jette tout maintenant, que va t-on se dire si on est amené à se revoir ? Les mêmes phrases, presque dans le même ordre ? Une soirée à se regarder niaisement, en osant à peine se toucher la main comme deux collégiens, avant de se sauter dessus dans le taxi.
Il ne s’agit pas non plus de se permettre juste une présence, ou de s’engager dans une conversation à sens unique. S’il vous plaît, épargnons-nous les phrases conventionnelles.
C’est pourtant la convention collective, le code, le mètre étalon de la première approche. Tout le monde l’a lu, mais personne ne veut me le prêter.
J’ai presque envie de dire le contraire de ce qu’elle pense, rien que pour voir sa réaction.
Je reste dans les clous. Je suis attentif à tous les signes Pseudos-Neuros-Linguistiques. Ça aussi, il faudra qu’on en discute. Nous savons leurs sens et devrions nous en passer.
C’est un peu comme cette histoire de cerveau primaire. Je n’y crois pas une seconde.
Pour ma part, je m’interroge trop sur le pourquoi. J’ai du mal à croire que ce soit un besoin basique, pour ne pas dire animal de reproduction. Qu’est-ce qui fait que j’entre en lice, que je me prends au jeu ? J’ai rien demandé. J’étais tranquille, j’étais peinard, et elle n’a pas commandé un jambon-beurre.
Pourquoi s’est-elle assise ici, presque à me toucher ? C’est tout ce qui m’importe de lui demander. Mais ça ne se fait pas. Ou alors plus tard.
Nous en sommes là.
Dans ce café.
Il fait tellement chaud que lorsque nous parlons, les mots tombent sur le sol comme du plomb.
- Excu… m… si je t’…pas appel… pl… t…
- Y’a pas de prob…
Et voilà. Mes doutes deviennent réalité. Sempiternelles interrogations sur nos métiers réciproques, il va falloir revoir le film, les faux-raccords et tout le reste.
Et puis en fait, ça passe.
Me parle comme si on se connaissait depuis dix ans. Je me méfie de genre de complicité un peu rapide. S’avancer trop vite (pour moi), va toujours de pair avec des problèmes non résolus qui risquent de peser trop lourd après.
Et puis elle passe à autre chose.
Elle n’a rien oublié du peu qu’elle avait réussi à m’extorquer l’autre jour. Elle avait dû lutter, mais elle avait réussi par une douce torture à me faire parler. Ce qui en soit constitue un exploit.
Saison 1, épisode 2. Il y a eu de l’audience, on va pouvoir continuer.
J’ai l’impression de sortir d’une apnée.
Nous allons enfin pouvoir aller sur le territoire de l’autre. J’avance mon ironie d’une case.
Sa répartie vient facilement, mais elle se découvre.
Je me fais piéger aussi, des jeux de mots bien sentis, un humour corrosif. Pas de doubles-fautes ni de hors-jeux, c’est une partie très agréable. Avec une certaine sincérité car pour ma part je ne croyais pas trop à ce rendez-vous (d’autant que la première fois que je l’ai vue, je ne voulais même pas venir à cette soirée) ; et intérieurement, j’étais plus tongs et chemise hawaïenne qu’ourlet impeccable et chaussures cirées.
On parle, on parle, mais il est minuit et demi. Nous travaillons demain.
Je la raccompagne jusqu’à la bouche de métro juste en face le bar. On se revoit samedi, mais je lui ai fait promettre de ne pas m’appeler dix fois par jour, et encore moins de me harceler de sms.
Il fait toujours aussi chaud, et lorsqu’on parle, les mots tombent encore sur le sol comme du plomb.
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Commentaires
Ben Mondouit ! j'aime ben c'que t'écrit en général; mais là, je trouve que dans cet air chaud presque vicié, y a comme qui dirait une fraîcheur dans la réflexion qui fait l'équilibre thermique, et ce n'est pas pour me déplaire...très agréable! très beau ressenti: on s'y voit !
Bises,
Son Gerd.